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18 octobre, 2011

La Misère : à qui le tour ?

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 Recueil de Témoignages 2009

Les témoignages qui suivent ont été recueillis sur l’aire toulonnaise auprès de publics en proie à la précarité et / ou à l’exclusion…               

Je voudrais les dédier à tous ceux auxquels les mots d’ordre de notre société de consommation : normalisation, soumission, banalisation, bêtise, lâcheté, malléabilité, « pragmatisme » ou autres vices n’ont pas encore fait perdre toute conscience et toute humanité.              

Je voudrais les dédier à tous les survivants de cette déshumanisation programmée. 

Merci à tous ces survivants d’exister…

(Cyril Cossu)

Vous pouvez acquérir le recueil de témoignages auprès du Comité du 17 Octobre

 

2008……………………………………………………………………………………….

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Des regards croisent parfois, Assis au bord d’un trottoir, Une silhouette à la tête penchée, Aux joues creuses,  Qui tend la main ou une soucoupe… Car ici aussi il y a des oubliés, Dans ce beau pays, Où certains sont égaux plus que d’autres Et où le beau nom de fraternité est dévoyé, Voir inexistant. Derrière ce que l’on peut voir, Se cache ce que l’on ne dit pas ! 

H.

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Quand on pense à la misère, c’est déjà rare, Mais en plus, c’est toujours ailleurs !… On pense à la misère dans le monde, loin de chez soi… On ne pense jamais à la misère près de chez soi. On se dit qu’ailleurs c’est pire pour ne pas voir que sous nos yeux ça empire. On nous dit qu’ailleurs c’est pire pour taire tout ce que nous ici on a à subir. On nous dit qu’ailleurs c’est pire pour pouvoir laisser ici la misère grandir. Regarder ailleurs pour rien faire. Regarder ailleurs pour faire taire. Regarder ailleurs pour ignorer. Regarder ailleurs pour oublier. Regarder ailleurs pour mentir. Regarder ailleurs pour fuir. Mais ailleurs c’est pareil ! Ce sont toujours les mêmes logiques qui gouvernent…  F. 

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 Natalia,

Natalia, lorsque tu m’as vu m’approcher, tu as baissé la tête. La honte se lisait sur mon visage. J’ai eu mal de te revoir ainsi, «non, ne baisse pas la tête», j’ai eu envie d’hurler. Alors je me suis agenouillée devant toi, j’ai mis ma tête dans mes mains et je l’ai relevée et nos yeux se sont croisés, et nos larmes ont coulé, et tu as rebaissé ton visage. « Non, non Natalia, regarde-moi, regarde-les » ! Tu fais la manche et alors, mais tu restes dignes, digne d’être regardée. Ce sont eux qui devraient avoir la tête dans leur soulier : pas un regard, pas un sourire pour toi. Relève-toi Natalia, ce sont eux les misérables.

Deux mots pour toi Natalia, par amour, juste par amour.

                        C.

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Pour moi la misère c’est quand je suis très mal, que j’ai des problèmes et que je n’ai pas envie de parler aux autres.

Je ne peux pas !

Pour moi, la plus grande misère, c’est l’absence de communication !

Il n’y a qu’après que je peux parler.

Pour moi, la plus grande misère c’est celle du cœur !

T.

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Messieurs les politiques, il faut des toilettes publiques ! Gratuites s’il vous plaît ! Pour tous ceux qui crèvent dans la rue… Personne n’y pense, même pour les enfants c’est difficile, alors pour nous… Messieurs les politiques il faut arrêter de nous virer des squats, des seuls endroits où on peut se reposer un peu, alors que ces lieux sont inhabités et abandonnés depuis des années !… On pourrait aménager les locaux, ouvrir l’eau comme ça on pourrait éviter de passer pour des gens sales, faire le ménage, être au moins propres sur nous. On était déjà obligé de prendre des bidons pour se ravitailler aux fontaines…  Et vous, les fontaines, vous les avez coupées !… Pourquoi faites-vous ça ? Nous sommes des êtres humains ! Vous appelez ça lutter contre l’exclusion ? Assez d’hypocrisie ! 

S.

…………………………………………………………………………………………………

En arrivant en France, sans papiers, j’ai tout de suite trouvé du travail. J’étais payé une misère et je ne comptais pas les heures… Les patrons étaient contents de mon travail, ils promettaient de m’aider.  Mais dès que j’ai été régularisé, plus aucun patron ne voulait m’embaucher… Le plus dur est d’expliquer cela à ma famille restée au pays. 

Pour eux, être en France c’est avoir réussi…

A.

…………………………………………………………………………………………………En 1997, avant le passage à l’Euro, lorsque j’étais encore étudiant, je louais sur Toulon un appart de 45m² pour 1500Frs/mois… Les A.P.L. couvraient alors l’intégralité de mon loyer… Aujourd’hui, sur le marché de l’immobilier de l’aire toulonnaise, nous trouvons au mieux des appartements de 20m² pour 450€/mois (soit 3060Frs /mois)… Le double donc, et pour une surface habitable réduite de plus de la moitié… Les A.P.L. quant à elles, plafonnent aujourd’hui à 252€/mois soit 1713frs… Elles n’ont quasiment pas varié d’un iota depuis douze ans !!!…  Faites le calcul : il m’est aujourd’hui impossible de me loger dans la ville où je suis né… J’ai déposé des dossiers dans tous les offices HLM de ma ville mais en tant que « travailleur SDF »  je ne suis pas prioritaire !!!… Cherchez l’erreur !… Pendant plus d’un an, j’ai « bénéficié » d’un « suivit personnalisé » auprès d’associations « spécialisées » dans l’aide à la recherche de logement… Ce fut effarant : nous étions ainsi une vingtaine à appeler les propriétaires bailleurs et à essuyer les moqueries, les railleries et le mépris ordinaire liés à notre condition de « précaires »… Pour les « professionnels » de « l’assistance », tout ceci n’est qu’« une question de volonté »… Loin de se mobiliser à nos côtés et de dénoncer la situation, les salariés de la structure (de peur de se voir déclarés inutiles ou incompétents ? Et de mettre alors en péril leurs emplois ?…) retournaient tout bonnement la faute contre nous, nous culpabilisant ainsi d’être pauvres et/ou dépourvus de relations ! 

Insoutenable !…

C.

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Dans certaines administrations ils prennent les gens de haut.  Il leur faudrait comprendre le fait que les gens de la rue ont des problèmes… Il leur faudrait comprendre que les gens de la rue ont du mal à mettre en ordre tout ce qui est papier… Il faudrait le leur faire comprendre dans leurs cœurs et dans leurs têtes… Ce n’est pas parce qu’ils sont derrière un bureau qu’ils doivent se croire plus intelligents. Au contraire, leur bêtise humaine c’est de se servir des pauvres gens pour se défouler, pour refouler sur eux leurs problèmes personnels. Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que les gens de la rue n’ont plus le courage pour s’en sortir. 

J.

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De galère en galère, j’ai retrouvé du travail, un C.D.I., mais pas de garant.  Sans garant, la société ne permet pas d’avoir un appartement. Donc je travaille mais je n’ai pas le droit de vivre normalement… Après on se pose la question pourquoi la plupart des pauvres n’arrive pas à s’en sortir.  T. 

…………………………………………………………………………………………………

 Je fais des ménages depuis 3 ans tout en étant hébergée chez ma mère qui vit du minimum vieillesse… 

Depuis deux ans, à chaque fois que j’ai à faire aux services sociaux dans le cadre de ma recherche de logement, et que je demande un appartement de plus de 9m2 car ayant des chats et quelques affaires personnelles, les assistantes sociales me répondent toujours : 

- « Commencez par vous débarrasser de vos chats et jetez vos affaires personnelles, après on verra… »

G. 

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Moins de chance

Moins d’écoute

Moins de présence

Moins de routes…

Moins de force

Moins d’amour

Moins d’écorce

Moins d’autours

Moins de bagages

Moins de rendez-vous

Moins de couchages

Moins de tout

Plus rien…

K.

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Je pourrais vous parler, de la misère de la terre, qu’on extermine à coup de nucléaire et de pollution. Mais je préfère parler de ce que connais. Moi, à ce jour, j’ai 44 ans et je me retrouve encore à la rue, pour des questions pécuniaires. Des hauts et des bas qui ne pardonnent pas, qui ne pardonnent plus. Justement aujourd’hui, alors qu’on a jamais été aussi riche en Europe… Les squats qui ferment et les loyers qui sont de plus en plus chers, ça vous mène à la rue comme la misère au suicide. Ma fille de 24 ans m’empêche de faire des bêtises irréparables. Je ne peux laisser ma fille seule dans ce monde d’inconscience humaine, où l’or est plus cher qu’un enfant, un enfant d’Afrique ou d’ailleurs. Pour moi, la misère c’est encore et toujours des riches de plus en plus riches et des pauvres de plus en plus pauvres… La misère sera toujours présente et toujours plus présente dans un monde de capitalistes. 

Et nous, ma fille Sarah et moi, on est que de la poussière.

N.

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Je rends hommage aux victimes de la misère

            J’ai rencontré beaucoup de personnes qui vivent dans la rue, des hommes, des femmes avec des enfants, des jeunes, des plus âgés, chaque fois je me suis surprise, j’ai mal dedans.

De voir deux hommes avec leur bouteille de vin qui dorment sur le banc, depuis des années, cela me rappelle mon mari qui buvait, qui n’avait plus sa tête, mais il rentrait à la maison… J’ai vu aussi une femme, sale, maigre, pendant des années qui errait avec un gros paquet de sacs en plastiques. Une autre femme au port avec un cadie rempli de sachets. Elles ont disparu, je ne les vois plus…Un jeune sale avec la barbe, les cheveux longs, pied-nu, assis au milieu des saletés, un jour dans un endroit puis dans un autre.

Pour moi ils n’en pouvaient plus de problèmes et ils se sont laissés couler.

J’ai pensé plus d’une fois  les aider, mais je ne l’ai pas fait. Bien sûr je donne une pièce.

Ai-je souffert trop de la misère et de la violence depuis que je suis née ?

                        L.

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C’est quoi le serment d’Hippocrate ? Les riches payent en liquide pour se faire refaire le nez… Les pauvres passent en dernier aux urgences pour y crever. On devrait faire une liste des médecins qui acceptent la C.M.U. et qui nous accueillent simplement avec respect, ça permettrait d’éviter aux démunis quelques humiliations supplémentaires… 

Merci.

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            « Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend !» Qu’est-ce que vivre ? Tout d’abord vivre pour moi en mai 2008 c’est subir. Où se situe la réalité de mes désirs ? Qu’est-ce c’est que la réalité des désirs ? Bien  gris pour moi en ce moment. J’aimerais ne plus subir mais choisir. Que mes émotions ne m’envahissent plus. Que je ne cède plus en capitulant à tout bout de champ. Je me sens alors indésirable car je n’existe pas. J’aimerai la guerre où personne ne veut aller. Choisir en explorant le bon hasard. Je veux donc être libre, il n’y a donc pas de stupidité, mais la liberté ! Soyons sincères. Car
la Vérité comme le Mensonge ne s’efface pas. Choisissons dans la mesure du possible ce que nous voulons. Est-ce possible ? Qu’en pensez-vous ? J’ai besoin de votre avis à chacun. Il paraît que même si l’ennemi coupe toutes les fleurs, il n’empêchera aucunement la venue du printemps, je comprends donc à travers cela : « sachons ce que nous voulons, personne ne peut nous empêcher de réaliser ce que nous voulons de bien. Il me vient à l’idée aussitôt qu’il faut y croire. Croire en la réalité de ses désirs, c’est croire en ce que nous voulons. Doute ou pas ? Quoi faire si on doute ? Vivre peut-être on en a marre de cette société froide c’est pour ça qu’on doute ! Alors toujours la même question, comment faire pour y croire ? 
Quand on est seul, c’est difficile de croire au bonheur car sa vie n’a pas ou peu de sens ? Comment changer les choses ? La confiance, mon expérience : les prometteurs sont des menteurs. Apprendre à dire non. Si vous avez du mal à dire non, dites merde ! Je veux l’égalité et la chaleur humaine, la joie de vivre, l’amitié, l’amour sous ses formes différentes. L’idéal serait d’oser prendre, obtenir ce que l’on veut à tout moment, et tout le temps qu’il nous reste à vivre. 

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Précarité et rentabilité sont liées… Sans précarité pas de rentabilité. C’est pour ça que les entreprises délocalisent. Ils ont besoin des pauvres pour faire des profits, et les entreprises parcourent les pays à la recherche de travailleurs toujours plus pauvres à exploiter. Ici, on nous dit qu’ « il n’y a pas de pauvreté » : Qu’on a de la chance de pouvoir travailler « gratis ». Que l’essentiel c’est de pouvoir dire « Je travaille », même si ce travail ne nous permet pas de vivre décemment, de nous loger, de faire des projets… Les patrons voudraient juste nous faire travailler gratis pour pouvoir faire des bénéfices. Alors ils nous prennent en stage gratuit, en contrats « aidé », pour au final ne rien payer, ou alors ils embauchent des sans papiers… C’est le système économique qui veut ça. Et les pauvres du monde entier sont au centre de ce système.  Sans pauvres pas de riches… A partir du moment où la majorité des gens accepte cela, rien ne peut changer. Et tout le monde y consent. Car tout le monde a peur. Il n’y a plus de valeurs. Juste des moutons. Ici, on dit qu’on est des « assistés »… On ressent chez les gens comme une tristesse que pour nous ce ne soit pas plus dur. Qu’on ne soit pas dans une dictature… Tout n’est plus qu’hypocrisie, mensonges, insanités « décomplexés ». Les travailleurs sociaux ne sont pas là pour « aider ». En fait c’est le mot « aider » qui a été détourné. Ils ne luttent pas contre les inégalités, ils ne les dénoncent pas. Ils sont là pour nous « aider » à les accepter. Ils sont là pour veiller à ce que l’on reste bien à notre place. Ils ont des discours programmés, ils ont des objectifs de rentabilité. Peu importe le C.V., sans relation tu ne peux pas t’insérer. Tu dois rester pauvre et te taire, « arrêter de te plaindre » sinon on te coupe tes allocations de misère. Les allocations c’est le levier de la peur, de la soumission à l’indigne, au non droit. Pour « mériter » les allocations, tu dois prouver ta « bonne volonté » à renier tes droits, ta « bonne volonté » à accepter d’être un esclave… Il y a les « bons » et les « mauvais » pauvres… 

Les « bons » pauvres sont simplement ceux qui acceptent de le rester.

J.

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Depuis que je suis arrivée dans cette association, je me fais « l’escargot ».Oui, l’effet escargot sous la pluie.

Celui qui sort de sa coquille pour apprécier les gouttes de pluie. Dans mon cas les gouttes de pluie sont les humains, les vrais humains, ceux que j’apprécie. Ceux qui me font sortir de ma coquille, de ma tête, de mon isolement. De ce fait je me sens humaine, et c’est avec envie, qu’à mon tour, je partage ce besoin de regarder, d’entendre et de voir, les humains qui m’entourent.

            Etre humain, c’est un droit que l’on doit restituer à tous. J’invite tous les gens, quelques soient leurs origines et leurs croyances à regarder les humains qui les entourent.

                        C.

                                  

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Il est indispensable de rendre hommage à ces victimes de la misère qui ne sont en fait que des victimes de guerre. Je dis stop à ce trop plein de misère, de violences visuelles. Nous détournons le regard ; Mais le réel est là et bien là.

De voir la misère, ça rassure, mais en fait je suis comme ces gens, je donne une pièce à l’homme qui me tend la main, j’achète une boîte pour son chien, je rentre à la maison, je prends une douche, je me fais mon café, j’allume la télé et me dis « HAMOUDOULA » je ne suis pas comme lui et ça devrait me laisser bonne conscience ? J’en doute.

                        S.

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La misère fait que les gens deviennent indifférents les uns aux autres. 

Sarah 13 ans

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La vie est précieuse, prends en soin, sois attentif et sensible à ton voisin noir, blanc, jaune Cela te rendra heureux et le temps passera trop vite.

                        L.

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Tous ensemble pour résoudre ce problème.

C’est méchant  pour les enfants, la grand-mère et le papa.

Ce n’est pas bon, pour tous les hommes.

Toute la journée, je regarde beaucoup de jeunes hommes dormir dans la rue, sans rien.

Tous ensemble on peut se battre !

C.

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Un flic dort en chacun de nous, il faut le tuer. Fais attention à tes oreilles, elles ont des murs. Enragez-vous ! Explorons le hasard ; Etes-vous des consommateurs ou bien des participants ? On achète ton bonheur, vole-le ! Un homme n’est pas stupide ou intelligent, il est libre ou il ne l’est pas. On n’efface pas la vérité ni le mensonge. L’humanité ne sera heureuse que quand le dernier capitaliste sera pendu avec les tripes du dernier gauchiste. Il est douloureux de subie les chefs, il est encore plus bête de les choisir. Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront pas la venue du printemps. L’imagination prend le maquis. Les motions tuent l’émotion. L’âge d’or était l’âge ou l’or ne régnait pas. Le veau d’or est toujours de boue. On ne revendique rien, on prend. Est-ce que je crois en mes désirs. La réalité de ses désirs. Je prends mes désirs pour des réalités car je crois en la réalité de mes désirs. L’insolence. Céder un peu, c’est capituler beaucoup ; Nous sommes tous des indésirables. Il est interdit d’interdire. Soyons réalistes. Demandons l’impossible ; Ne travaillez jamais. Les gens qui ne travaillent pas ne s’ennuient jamais.  Le réveil sonne : première humiliation de la journée ! Imagine : c’est la guerre et personne n’y va. La forêt précède l’homme, le désert le suit. Si vous avez du mal à dire non, dites merde ! Ayez des complexes d’égalité. Finie la supériorité, finie l’infériorité ; Septennat, quinquennat…Je crois qu’un jour suffirait pour qu’on comprenne à qui on a affaire. On est tous des indésirables. Les promoteurs sont des menteurs. Luttons avec émulation contre l’esprit de compétition. Apprenez à dire non Marre de vivre dans une société froide, même en temps de canicule ; Etre libre seul, ça n’a pas de sens. C. 

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Ca me dégoute

Je suis une sorte de regard impur sur un monde auquel je n’ai rien compris.

Mes yeux ne voient que la merde qu’on fait de nous. Dix mille ans de création !

Des animaux sans but ni attache.

Aujourd’hui, ce qui compte c’est ce que tu as, qui tu es on s’en fout.

Alors je branche la télé, seule amie qui ne m’a jamais trahi et je vois des clips qui me disent à quoi je dois ressembler.

Des poufs siliconées qui ont des seins tellement énormes qu’elles pourraient nourrir tout le Bengladesh, des joues creusées qu’on pourrait y passer une autoroute et à qui on a posé un vagin en guise de lèvre… et tout ça en remuant leur cellulite.

Quant à ce qui concerne l’archétype masculin, un connard gonflé aux stéroïdes qui se vante d’être un proxénète, heureux d’avoir été en prison comme pour dire qu’il est un dur mais qui nous dit, qu’en tôle, ce n’est pas lui qui a joué la pute… au fond du trou, rien ne sort !

J’ai fait la bise à des fils et quelques mois plus tard, j’ai appris qu’ils étaient là car ils avaient touché des enfants et maintenant j’ai du mal à me regarder dans une glace.

Alors je me pends à tout ce qui vient pour rentrer dans un paradis artificiel qui est toujours moins que le monde réel.

Six milliards d’êtres humains qui ont payé une planète qui ne leur appartient pas, et ça dure, et ça dure…

Je finis par souhaiter qu’un virus vous fasse tous caner pour qu’enfin la nature reprenne ses droits car le pire des virus reste encore l’Homme !

J.

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Est-ce que vivre dans une société froide, même par temps de canicule, n’est pas trop lourd à porter ? Voire impossible ?   Faisons confiance au hasard ? Car être libre, seul, ça n’a pas de sens. Je garde depuis une semaine mon petit fils. Il est mon rayon de soleil actuel, car il m’a apporté le réconfort d’une vie terne, vide, sans joie. Dans quelques jours je ne le verrai plus pour longtemps. Il y aura un grand vide dans ma vie. C’est ce que j’appelle survivre. Le bonheur, on ne peut hélas pas l’acheter. Alors j’irai peut-être le cueillir ailleurs. Fini la supériorité, vive l’égalité. Je veux pouvoir faire confiance au hasard en espérant qu’un jour il soit positif. Vivre c’est déjà être en bonne santé, qui ne s’achète pas, hélas ! 

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J’ai jeté six lettres dans la mer

J’ai essayé de les noyer

Mais à la surface, elles sont remontées

J’ai enfoui six lettres dans la terre

J’ai essayé de les oublier

Mais un matin, elles ont germé

J’ai déposé six lettres sous mon pied

J’ai essayé de les écraser

Mais celles-ci ont résisté

J’ai gommé six lettres sur mon cahier

J’ai essayé par-dessus de dessiner

Mais elles se sont reformées

Alors six grosses lettres de mes yeux impuissants ont coulé

   M                    E 

Ces lettres ont coulé jusque dans ma bouche

Alors j’ai hurlé

J’ai hurlé l’injustice

J’ai hurlé l’indifférence

J’ai hurlé…

J’aurais tant voulu tuer toute la misère du monde

C.

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La misère c’est quand au cours de ma vie, je me suis retrouvée sans aucun revenu et que pour survivre, j’ai dû chercher de quoi manger dans les poubelles de la ville… J’ai lu dans le regard des autres du mépris alors que je cherchais de quoi me nourrir…  Pour moi le mépris dans les yeux des autres m’a blessée profondément… Aujourd’hui quand j’y pense j’ai envie de pleurer… Pour moi la misère c’est ça…  On n’oublie pas. 

Mme G. (78 ans)

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Chacun, à sa place, se doit de pérenniser la race humaine. Pour l’évolution ou la fin du genre humain. Chacun à sa place peut « nourrir » l’autre ou le « servir » si non l’avenir sera un suicide collectif. Qui commande ? La sélection naturelle ? La « Terre Mère » ?  Dieu le Père ? l’Enfant, allias le résultat du bon sens ? La communication éclectique ?
La RAISON  fait l’UNION qui fait
la FORCE.  TOUT LE MONDE A BESOIN DE TOUT LE MONDE. 
Ceux qui nous gouvernent contrôlent l’argent. Ils nous mènent au suicide ou à l’esclavage : « Marche ou crève ! » Etat « pantin » : assurances, banques = voleurs. Les « larbins », tous les larbins de l’Etat, plus tous les « infirmes » qui votent pour ceux qui vont leur faire payer des « sous-larbins » qui vont leur botter le cul pour aller bosser pour eux (les engraisser) histoire de payer les larbins. La boucle est bouclée.     J.M. 

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Les droits de l’homme sont violés 

Lorsque je te vois, si triste

Et seule à errer sans repos et sans toit !

Les droits le l’homme sont violés 

Lorsque ta fragilité est confrontée à la haine et à    la violence

Toi, l’enfant sans défense !

Les droits de l’homme sont violés 

Lorsque la maladie te ronge

Et que tu n’es pas soigné

Et qu’alors tu déranges !

Les droits de l’homme sont violés 

Lorsque le désespoir est si fort

Que tu n’oses espérer

Et que tu ne désire que la mort !

Les droits de l’homme sont violés 

Lorsque le ciel est devenu si noir

Que la nuit a tout remplacé

Et ne laisse que des déboires !

Les droits de l’homme seront respectés

Quand j’entendrai enfin ton rire !

F.

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Les « super riches » qui ont eu des « parachutes dorés », s’ils avaient un peu d’humanité, offriraient un peu de cet argent mal acquis (par la ruine des entreprises, quel culot !) aux associations qui s’occupent des pauvres.                F. 

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Je témoigne !

Marie et Jean René sont illettrés tous els deux.

Tous les deux ou trois jours, j’écris pour eux un compte-rendu de leurs activités et déplacements sur un cahier car ils ont du mal à se souvenir de ce qu’ils font au jour le jour.

Régulièrement, je leur donne à manger. En cuisinant pour moi, j’en profite pour faire un peu plus, pour eux, en leur disant que j’en ai trop fait pour moi.

M.

 

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Le centre ancien

Des magasins, partout des magasins où les étiquettes affichent des tarifs trop. Trop chers, trop inaccessible, trop rêvés, trop dangereux… pour quelqu’un de fragile, pour quelqu’un qui rêve de mieux que la survie.

Des restaurants accueillants, colorés, chaleureux où des gens sirotent un café, dégustent un plat du jour… trop cher, trop inaccessible, trop rêvé, trop dangereux pour quelqu’un de fragile, pour quelqu’un qui rêve mieux que la survie.

Des services sociaux trop éloignés de la réalité quotidienne, trop derrière des bureaux, qui ne touchent la misère qu’au travers de dossiers.

Qui quelquefois ne peuvent pas, plus qu’ils ne veulent pas.

Des centres sociaux, des associations qui comptabilisent, budgétisent, « bilantisent » des passages plus que des actes.

Quelques activités au passage pour justifier des subventions publiques.

Tout au plus un petit microcosme qui s’agite autour de tous les autres et qui en vivent plus qu’ils ne survivent, eux.

Beaucoup de monde donc dans ce centre ancien qui se croisent sans savoir.

La misère n’est pas que dans la rue mais elle y conduit irrémédiablement.

A chacun de vous, je voudrais dire d’être vigilant, d’arrêter d’avoir peur de perdre, d’avoir le courage de dire non à une vie qui s’impose et que vous subissez.

Relevez la tête, vous avez le droit d’avoir des droits.

Ecoutez, regardez, réfléchissez.

Et choisissez !

S.

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Halte à la misère

Témoignage et appel à la lutte.

            J’ai défendu juridiquement les locataires parisiens et banlieusards pendant plus de vingt ans. J’ai vu petit à petit au cours des dernières années, dégringoler les couches moyennes : non seulement les employés mais aussi les cadres même des cadres supérieurs dans l’informatique et la publicité. Puis ça a gagné les professions libérales.

            Il suffit d’une période de chômage, d’un divorce et tout bascule, c’est l’engrenage.

            J’avais l’impression de faire du colmatage. Je cherchais la faille pour faire diminuer le loyer, les retours à la loi de 48 possibles. J’argumentais près des tribunaux d’instance pour gagner quelques mois, je jonglais avec les périodes d’hiver et les astuces de procédure.

            En dépit de cela, j’ai vu se multiplier saisies et expulsons.

            Démunie, il m’arrivait de conseiller d’imiter Vian. Face à une saisie, il avait planqué les meubles et objets auquel il tenait, et quand l’huissier s’est pointé chez lui, il les a trouvé, sa femme et lui, complètement nus dans un appartement complètement vide.

            Quand se décidera-t-on à faire l’assaut des yachts de St-Tropez, pour reloger les SDF. Voilà une action spectaculaire qui me plairait bien, surtout si on commençait par celui du copain de notre cher président.   

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Marre de voir les gens suivre tous le même système,

Perdre leur vie à la gagner,

Pour gagner quoi ?

Le droit d’être esclave…

Comment peuvent-ils même en être fiers ?

C’est le non-sens.

Ils se sentent obligés de construire une famille là dedans, tout en se faisant du mal entre eux, juste par peur de se ramasser seul. Et le non-sens passe à leurs enfants, qui répéteront à leur tour la même chose ou crèveront seuls sur le trottoir faute de place pour eux, si par malheur, ils aiment la vie…

N’a-t-il pas le droit de vivre autrement ?

Marre de voir les gens se lever à 6h et rentrer à 7h sans qu’ils ne s’aperçoivent de ce qui les entoure, et ça jusqu’à ce qu’ils crèvent.

Et moi, sur mon bout de trottoir, si j’essaye juste de vivre, d’aimer, sans passer par leurs règles absurdes on nous punit, on nous enferme…

Au moins là, on veut bien nous donner un toit.

Toi qui te dit « normal »…

Pourquoi une majuscule au début de ton prénom ?

C’est pour montrer aux gens qui tu es, hein ?

Et pourtant la majuscule ne fait pas de toi un homme

Regarde où est ta place dans la société…

Si tu refuses de baisser ton froc,

Seuls les trottoirs acceptent un instant que tu poses ton cul

Ils mettent des barres en fer sur les bancs pour pas qu’tu t’allonges dessus

Et ils te remercient de quelques pièces

Juste quelques centimes pour t’abreuver et continuer ta route

Ta mort, ta souffrance, tes cris ne seront jamais qu’un « faits divers »

Ils diront toujours : « on ne comprends pas »

Ils ne veulent pas comprendre

Ils ne veulent pas se regarder en face

Juste continuer à « faire comme tout le monde »

Et tout le monde s’en fout

Ils sont la majorité et toi t’es qu’un « marginal »

Au fond d’eux ils pensent juste :

« Crève sa fera de la place ».

C.

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Refus de la différence.

Quand j’étais enfant je ne supportais plus les gens et je me suis renfermée sur moi-même. C’est surtout le regard que les autres ont vis-à-vis de vous. Je suis handicapée, j’ai eu la polio. Les séquelles de cette maladie ont fait que j’ai eu plusieurs opérations, j’ai une jambe plus petite que l’autre jambe (je penche, je tangue). J’ai eu beaucoup de mal à accepter le regard des autres. Ce n’est pas mon handicap qui m’a marqué, c’est la réflexion des autres.

Maintenant je ne vois même plus les gens qui me regardent de haut en bas, c’est eux qui sont plus gênés que moi. Je le vis très bien, je mange, je ris, je pleure, comme tout le monde.

Quand j’étais plus jeune avec mes camarades de classe, je me moquais d’un garçon qui était gros. Il ne faut surtout pas se moquer. Il faut respecter les autres et ne plus ce moquer de qui que ce soit. Je vais vous raconter ce que j’ai trouvé trop mignon de la part de ma fille Vanessa quand elle avait quatre ou cinq ans : « Maman, maman – elle vient toute affolée vers moi -donne moi
la NIVEA ! Mais pourquoi faire ? Pour ma copine Loubna ! Comme ça elle sera blanche comme moi et on se moquera plus d’elle parce qu’elle est NOIRE ».

LE REFUS DE
LA DISCRIMINATION, de la différence de l’espèce humaine en Jaune ou Noir ou Blanc !

Des divers racismes, que ce soit du niveau de vie ou de l’origine, qu’il soit laid ou beau, gros ou maigre, quoi qu’il en soit on se doit d’avoir le respect auquel chacun a droit.

L. 

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Si vous pensez pour les autres, les autres penseront pour vous. J’ai quelque chose à dire mais je ne sais pas quoi. Métro, boulot, dodo. Engagez vous, explorons le hasard. Un homme n’est pas stupide ou intelligent, il est libre ou il ne l’est pas. L’imagination prend le pouvoir. Ne travaillez jamais. Nous sommes tous des indésirables. Brisons les vieux engrenages.  Je prends mes désirs pour des réalités car je crois en l réalité de mes désirs. Vivre sans temps mort et jouir sans entrave. On achète ton bonheur. Vole-le. Imagine : c’est la guerre et personne n’y va. Changez la vie, donc transformez son mode d’emploi. Consommez plus, vous vivrez moins. Désirer la réalité, c’est bien. Réaliser ses désirs, c’est mieux. Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend. Avant dons d’écrire, apprenez à penser. Le bonheur, on ne peut hélas pas l’acheter. Alors allons le cueillir ailleurs. J’ai toujours peur quand un président dit : « je vais tenir mes promesses ». Fini la supériorité, vive l’égalité. Faisons confiance au hasard.  Etre libre seul, ça n’a pas de sens. Marre de vivre dans une société froide, même par temps de canicule. Vivre à ma convenance serait transformer ma vie, donc la changer.  M.J. 

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C’est la misère

Depuis deux ans, je vis au jour le jour

Je rêve d’une vie stable pour toujours

Mais tout s’écroule dans mes alentours !

L’appart sans garant, c’est dur

Alors je cherche jusqu’à l’usure

Mais je me heurte à ces murs !

Le travail, c’est la même chose

On dit toujours : «  si tu veux, tu peux ! »

Mais c’est qu’une prose

Car soit pas de diplôme, soit trop d’expérience

La vie, c’est vraiment pas drôle !

La santé négligée mais on s’en fout

Parce que pour évoluer, je peux pas lâcher, j’suis à bout

Même malgré un mauvais physique et psychique, j’reste toujours debout !

Mon fils, encore six mois minimum avant de le récupérer

En attendant, c’est famille d’accueil et visite médiatisée

Pour l’instant j’ai pas vu ses yeux briller !

Et oui, encore heureux, j’suis pas seul

J’ai des amis qui évitent que je me pète la gueule

Ainsi que du soutien des miens et sur le reste, j’dégueule !

Je vais me relever, je peux pas fléchir

Je pense aux gens de la rue, c’est pire

Alors maintenant, je serre les dents et je rebâtis mon empire !

D.

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On peut dire que la discrimination, j’en ai été le témoin, on peut dire qu’avec mon choix de vie, je l’ai subie. Donc je me sentais bien à l’abri de toutes mauvaises pensées. Mais insidieusement on écoute, on ne réfléchit pas et on finit par être aussi couillon que la bonne et grande moyenne du Français de base. Les Roumains ceci les Roumains cela. Donc j’ai commencé par me refuser absolument à leur donner ne serait-ce qu’un euro tout en continuant à filer des clopes à qui me le demandait. Jusqu’au jour où allant retirer du liquide à un distributeur, je vis deux femmes (une très jeune et une très âgée) qui mendiaient. Elles étaient vraiment effrayées et spontanément nous avons discuté. Un espèce de zombi m’avait croisée quelques mètres plus haut et ce Français bon teint avait l’air passablement allumé et pour le coup les avait allumées copieusement.

Je tirais mes sous et à aucun moment elles ne me demandèrent quoi que ce soit. Et quand je tendis une pièce pour la remettre à la plus proche, celle-ci me regarda et me dit que ce serait mieux si je la donnais à sa collègue plus jeune, en m’expliquant que celle-ci avait des enfants en bas âge. L’autre ne l’avait pas dit, pas revendiqué…D’un coup d’un seul elles ne ressemblaient plus à l’image collante et débile que j’avais des Roumains. J’eux honte, très honte de moi. Depuis il m’arrive souvent de discuter avec eux et je vous assure ils sont absolument identiques à nos pauvres !

S. 

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Un jour Coluche a dit « on n’a pas le droit d’avoir faim ni d’avoir froid » mais seulement les gouvernements en ont décidé autrement.

J’ai le sentiment d’in nettoiement, il ne doit rester que les riches, les pauvres engrènent et gangrènent la société… les gens qui font la manche me font peur et m’émeuvent car demain ce pourrait bien être moi. Je les regarde et j’imagine leur vie, et j’ai froid et j’ai peur et je pleure.

Quelle incompréhension !

Quelle indifférence !

Personne ne dit rien, personne ne fait rien. Chaque jour, nous subissons l’humiliation, l’intolérance, la rancœur. A quand la coalition, la concertation de tout le peuple afin que, comme un seul homme, nous nous levions tous pour dire NON, ça suffit, STOP, nous n’acceptons plus, nous ne voulons plus vivre dans un monde sans humanité, sans compassion.

J’aimerais ne plus m’angoisser pour l’avenir de mes enfants. Je ne veux plus (même en France) entendre un enfant me dire : « j’ai faim ! ». Je ne veux plus croiser le regard plein d’attente et de désespoir des gens de la rue, je ne veux plus me sentir impuissante devant
la MISERE !!

M.

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Discrimination, victime et bourreau.

Le racisme est toujours latent quand il existe des différences culturelles, sociologiques, raciales. L’hérédité est importante dans la façon d’éduquer son enfant. Les parents ont leur mot à dire. Les grands parents aussi. Dans la transmission d’une pensée, l’éducation est importante. Peut-être, avec le respect que l’on doit aux secrets de famille, faut-il savoir occulter ses non-dits. ?

Mais pourtant, surtout arrivé à l’école, l’enfant doit être préparé et qu’il sache que les différences existent et que c’est ce qui fait la race humaine.

Il existe des différences homme-femme, grand-petit, blanc-noir, arabe-africain. Cela peut-être ce qui fait la richesse des relations.

Après, un dialogue peut alors s’instaurer mais il faut qu’il y ait le respect dans ses échanges.

La différence fait le dialogue ! S’il n’y a pas de différences, le dialogue ne peut pas s’instaurer entre des personnes car il ne peut y avoir échange. S’il y a assimilation, intégration, c’est que les personnes ne sont pas identiques au départ, qu’il y a des différences, ce qui permet l’échange.

Les personnes ne sont pas égales face à l’hérédité. La transmission des caractères, le caractère ne sont pas acquis dès le départ. L’école permet le respect. J’ai été victime de discrimination à l’école à cause de ma religion. Les parpaillotes étaient indigentes car non catholiques. Elles devaient être mises de côté pour ne pas contaminer le reste des écolières, car leur maladie, leur indigence, pouvait être contagieuse. Nous étions des pestiférées.

Je n’ai jamais été raciste parce que je n’ai jamais eu l’occasion de l’être. Le racisme pour moi c’est mettre de côté quelqu’un pour sa couleur de peau, pour son appartenance sociale, du fait de son âge, de part sa culture, à cause de sa maladie, de son handicap. C’est très difficile car mettre de côté quelqu’un, c’est porter atteinte à sa dignité humaine. Le racisme existe surtout dans les groupuscules où il faut montrer patte blanche pour en faire partie, et ensuite il peut  y a discrimination vis-à-vis des projets entrepris. Il est plus facile d’être raciste quand on fait partie d’un groupe car on est moins seul. Le racisme rend malheureux car c’est nier l’autre, son existence, sa manière d’exister. La différence existe, l’occulter c’est être raciste !

L. 

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Mon cousin Teddy m’a dit que j’étais moche avec mon pansement et mon cousin Owen m’a dit que j’étais pas belle et ça m’a fait de la peine.  Je me suis moquée de Teddy et Owen en leur disant qu’ils n’étaient pas beaux. O. (8ans et demi) 

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Je n’ai plus droit à la CMU et je ne peux plus me faire soigner les dents. Le devis est de 3000€. Mon dentiste me réclame 1700€, j’ai la sécurité sociale et la mutuelle mais je n’aurais presque rien en remboursement, je ne peux rien faire !

Il y a de plus en plus de logements indignes. Je dois me reloger et je n’en ai pas les moyens, j’attends les HLM depuis plus d’un an.

Pourquoi certains ont le logement tout de suite et d’autres attendent des années ?

L’écart se creuse de plus en plus entre les riches et les pauvres.

Pourquoi les usines ferment alors qu’elles font des bénéfices ?

On ne peut plus se payer un petit luxe même une fois par mois, même le coiffeur.

On peut à peine se loger et manger.

On regarde les prix et on se tourne de plus en plus vers les hard discounts et les premiers prix.

On doit choisir entre donner à manger à ses enfants ou à boire à sa voiture.

On comprend que les bus ne passent plus à berthe quand ils se font caillasser mais cela pénalise tout le monde.

Ceux qui ne travaillent jamais et qui ont des voitures splendides, on se doute qu’iles dealent. Ils tuent les autres en quelque sorte pour vivre.

Les gens se battent entre eux, chacun accuse l’autre, le RMiste contre le chômeur, le chômeur contre l’étranger, etc ……

la solidarité c’est le bien portant qui paie pour celui qui est malade, celui qui ne travaille pas etc …….

Aujourd’hui le slogan du gouvernement c’est MORT aux pauvres.

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« Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend »

Alors prends-le

Arrête de pleurer

Relève la tête

Regarde le soleil se lever

Chaque jour où tu mets

La clef dans ta porte pour sortir

Il peut arriver mille choses

Que tu ne mendieras pas

Le sourire d’un voisin

La parole d’un enfant

Le bonjour d’un collègue

La caresse du vent sur ton visage

Laisse au placard

L’ascenseur en panne

Le bus que tu rates

L’engueulade de ton chef

La mesquinerie de ta pseudo amie

Les insultes basses

Regarde le soleil se coucher

Et dis-toi que ta journée

Est faite de ce que tu y as apporté

On ne mendie pas sa vie, on est dans sa vie.

S.

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La misère, c’est les enfants pauvres,

Les enfants qui n’ont pas de parent,

Qui n’ont pas à manger et de vêtement,

Qui sont tristes et toujours pauvres.

Ils sont pauvres, n’ont pas d’argent pour acheter de la bouffe.

Ils sont pauvres des gens qui ne parlent pas avec eux.

Ils sont pauvres des gens qui ne rient pas avec eux !

D.

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C’est dur ! J’ai peur pour mon avenir et pour les plus jeunes, qu’on n’ait plus de travail.

Il y en a marre que les entreprises ferment et aillent s’installer à l’étranger, et que nous ici on se retrouve sans travail. Ça ne peut plus continuer. Tout est de plus en plus cher, jusqu’à quand ça va durer ?

Tout le monde se plaint mais personne ne bouge.

Quand est-ce qu’on va tous se réunir dans la rue et essayer de faire bouger les choses ?

J’ai peur pour les prochaines années, je pense à ceux qui sont seuls, sans famille ou même sans ami pendant ces moments difficiles. Ils peuvent se retrouver à n’importe quel moment dans la rue.

J’ai vraiment la chance d’avoir tout proche de moi ma famille !

S.

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« J’ai connu la misère et je ne la souhaite à personne Il faut se mobiliser, aller vers les gens, essayer de les renseigner, de les aider,  de leur faire connaître leurs droits » La misère est muette La misère nous accable de toute part La misère peut arriver à tout le monde  La misère n’existerait pas  si nous étions tous solidaires Punir ceux qui engendrent la misère Etre responsable Amis de toutes origines, de tout groupe, unissez-vous pour combattre cette gangrène inadmissible qui touche encore notre XXI siècle L’avenir de chaque enfant, c’est notre affaire à tous « Connaissons-nous avant de juger ! » Commencer par regarder autour de soi Regarder autour de soi Ne pas détourner les yeux Des formations pour changer les mentalités  Etre en groupe Se regrouper (seul on ne  peut pas faire grand-chose)  Bénévolat, S’engager dans les œuvres caritatives Rejoindre d’autres personnes 

Agir et prier…

 

« Moi qui ne peux plus ni lire, ni écrire, c’est une grande misère pour moi : je souhaiterai qu’il y ait un lieu d’échange avec des personnes comme moi pour partager ne serait ce que quelques moments » Mettre en place des Tables Ouvertes Inviter quelqu’un qui est seul à la prochaine table ouverte  Sourire aux S.D.F.et leur dire bonjour Les inviter aux tables ouvertes Prendre le temps de leur parler, de les écouter Partager quelque chose avec eux Leur témoigner un peu de sympathie  Leur dire qu’ils comptent pour nous Aider la personne à trouver un logement Faire un stage de 15 jours dans la misère pour la comprendre parce que l’on ne peut pas comprendre quand on est dehors 

Moins de gaspillage

La misère, c’est un refus Refus de permettre à tant de personnes de ne pas avoir le droit d’exister Cela ne devrait pas exister Cela ne devrait plus être dans le dictionnaire Ne rien avoir à manger Ne rien avoir à boire Ne rien avoir pour s’habiller  Ne pas avoir de travail Ne pas avoir de logement Il y a trop d’indifférence Se sentir rejeter Etre seul, sans réseau La maladie Manque de soin Dormir dehors, avoir froid La rue, ne pas avoir de toit Voir les pauvres à la rue Voir de gens qu’ils n’ont rien que leur chien (leur richesse) ou la carriole qu’ils traînent  Une vielle femme seule chez elle sans chauffage avec un maigre repas Voir les enfants démunis de l’essentiel 

Une mère abandonnée avec ses enfants, quelquefois même malade…

« Je me sens seule J’ai perdu mon mari La misère c’est les jours où je ne vois personne » « J’ai connu la misère En espérant que cela ne se reproduise pas » « L’exclusion intolérable  Qu’elle que soit… D’où qu’elle vienne » Manque d’amitié et d’amour L’indifférence de l’entourage L’isolement La solitude La misère morale L’indifférence L’humiliation La méchanceté  L’incompréhension Ne pas connaître Dieu Conflits familiaux  Perte de valeur Perte d’un enfant Perte des proches Ne pas avoir un toit… 

 

(Paroles recueillies à la Table Ouverte de Draguignan)

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Tout le monde parle de la misère alors que presque tout le monde l’entretient. La vie, comme certains voudraient qu’on la vive, n’est que mensonges. « Certains » c’est les politiques !… Mais ce qu’ils ignorent c’est que tout cela, cette façon de voir la vie, est en phase de cesser, et personne n’y pourra rien, le processus a bel et bien commencé… Nous commençons à dire « STOP », Dieu et la Nature aussi. J’ai vécu un tas de choses horribles depuis 2004, tant pis pour tous ceux qui ne prennent pas au sérieux ce que j’ai écrit.  A. …………………………………………………………………………………………………La misère se pense, pour ceux qui ne la vivent pas… Elle peut faire l’objet d’une commémoration, certains disent qu’elle est un combat, certains se battent contre des fantômes… Mais le fantôme de la misère n’apparaît qu’à ceux qui ouvrent leurs yeux. Qu’on ouvre les mains ou qu’on ferme les yeux, la misère reste pour ceux à qui tout est fermé.  Les mains sont tendues tous les jours, qui les prend ? Alors une date sur un calendrier… Pourvu qu’ils choisissent le bon Saint à implorer ! La misère se pense, quand on n’y est pas, quand on en est sorti, se concerte quand on aime et se range quand on l’accepte… Nous ne sommes pas une occasion ! Mais donnez nous l’occasion… Celle d’être autre chose qu’une mémoire à répertorier.  F. …………………………………………………………………………………………………

 

 

2007…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….

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Maladie honteuse

Ignoble tragédie

Sérum rouge sang

Evidence hideuse

Relent d’infamie

Ergot de nos temps

M  I  S  E  R  E                                               

K. 

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La misère, c’est voir des pseudos « êtres humains » accepter d’humilier les plus démunis en échange d’un salaire de misère… La misère c’est voir l’hypocrisie, la lâcheté, la bêtise être érigées en vertus, en « techniques », en logiques… La misère c’est voir la sensibilité être considérée comme une faiblesse, une tare… La misère c’est ne plus pouvoir parler à personne, c’est ne plus rencontrer d’hommes ou de femmes dignes de ce nom, seulement des opérateurs ou des robots, sans âme ni conscience, uniquement remplis d’orgueil et d’égoïsme… La misère c’est de voir mourir de vrais hommes, simplement « coupables » d’être humains …  La misère c’est de devoir survivre parmi vous.  J. …………………………………………………………………………………………………La misère est nécessaire aux gens riches pour qu’ils puissent se sentir riches…  D. …………………………………………………………………………………………………

Mon maître

Regardez-le, c’est lui mon maître 

Je sais, il n’a pas belle allure

Il conjugue chaque jour la décadence de l’être à tous les temps Il jongle avec la solitude, la faim, le froid Et s’il en est arrivé là, il ne souhaite point le jugement Seulement un regard sur lui bordé d’intelligence Un regard rassurant qui lui témoignera qu’il est encore humain. Dans ce monde qui lui est devenu hostile, il survit Prisonnier dans les profondeurs de sa rivière Dont le fond n’est qu’un épais lit de cailloux ébène.  Afin de se réchauffer et pour ne plus penser, Il délivre chaque jour de son sang sa bouteille assassine Occultant ainsi son image dégradante. Il n’attend plus rien, il défie le néant qu’il incarne à ses propres yeux. Regardez-le, c’est lui mon maître Je sais, il n’a pas belle allure Mais quand sa main divine caresse mon pelage hirsute Je sens encore le peu d’amour qui luit au fond de son cœur brisé. Regardez-le, c’est lui mon maître Les ricanements et quolibets, la méchanceté et l’indifférence  Ne terniront jamais l’image que j’ai de lui Regardez-le, c’est lui mon maître Ma fierté, mon dieu, ma raison de vivre. Je l’aime. K. 

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« Une question de volonté »… À l’A.N.P.E., je dis :  - « Quel que soit le travail, je voudrais des horaires qui me conviennent, dans la loi, avec le respect, chaque heure travaillée doit être payée… » Ils me répondent : 

- « Vous ne voulez pas travailler ! »…

Y.………………………………………………………………………………………………… Tous les organismes censés m’aider n’ont rien fait pour moi. Il faut déjà connaître du monde pour pouvoir accéder à un emploi. D’ailleurs dès que j’ai connu quelqu’un qui travaillait à un endroit, j’ai pu obtenir un poste. J’ai cherché du travail pendant des années et je trouve cela dégueulasse. 

N.

………………………………………………………………………………………………… Il y a de plus en plus de logements indignes. Je dois me reloger et je n’en ai pas les moyens… J’attends les HLM depuis plus d’un an !…
Pourquoi certains ont le logement tout de suite et d’autres attendent des années ?… 
R. …………………………………………………………………………………………………A chaque fois que je me suis adressée à l’ANPE pour trouver un emploi, je n’étais jamais dans les bons créneaux. Il manquait toujours quelque chose, soit une compétence, soit un diplôme, soit un nombre d’années d’expérience… J’ai essayé de m’inscrire à plusieurs formations intéressantes. Là aussi, je n’étais jamais dans les bons créneaux. Malgré la « qualité » de mon CV, j’ai mis deux ans à retrouver un emploi. Et quel emploi !!! Un « Contrat-Emploi-Solidarité » :  20 h / semaine, 545,81 Euros/ mois… En fait, leur seul but était de me faire accepter cela !… 

C.

…………………………………………………………………………………………………J’ai 46 ans. J’ai travaillé depuis l’âge de 16 ans comme agent d’entretien et femme de chambre dans l’hôtellerie. J’avais des problèmes à mon bras droit et je me suis faite soignée à plusieurs reprises pour tenir. Puis j’ai voulu me rendre utile, auprès de personnes handicapées et ai choisi de devenir auxiliaire de vie. C’est un métier très physique. Un an après les douleurs sont devenues insupportables et mon tendon a lâché. Les médecins ne s’en sont pas aperçu tout de suite et j’ai dû subir une opération pour rien, pour qu’ils constatent seulement que le tendon était en miette et irrécupérable. Impossible de reprendre le travail. C’est là que les problèmes ont commencé : les experts m’ont alors simplement dit : « Mais madame, si vous ne pouvez travailler avec votre bras droit, servez vous du gauche… » La COTOREP, elle ne veut rien entendre et la CAF m’a coupé toutes mes aides. Je passe au Tribunal pour mon recours en octobre… 

L.

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L’assistante sociale m’a regardée comme si j’étais une menteuse parce que ce jour-là j’étais bien habillée.  On te pousse à la déchéance pour arriver devant l’assistante sociale. Si on va voir l’assistante sociale c’est qu’il n’y a plus de solution. 

Dans leurs bureaux, on est tous des suspects. On ose plus rien demander. Tu arrives avec ta candeur, ton innocence et eux ils t’ont déjà jugée.

H. ………………………………………………………………………………………………… Pour les riches, être pauvre c’est comme être sale. Tu rigoles, mais avant j’étais militaire, je pouvais me défouler et faire toutes les conneries que je voulais, je ne me retrouvais pas en prison ! Aujourd’hui, quand j’en peux plus d’être à la rue, je vole pour pouvoir dormir en prison… C’est toute la différence. S…………………………………………………………………………………………………La misère est un bon business et une escroquerie autorisée, légalisée même ! 

Arrêtez de vous faire du fric sur le dos des pauvres gens !

N.

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ISABELLE     Elle devait avoir soixante ans, peut être plus, peut-être moins. Je ne l’avais jamais abordée, peut être par peur ou par respect, certainement pas par indifférence. Elle se faufilait dans un buisson au bas de mon immeuble, trainant une roulotte débordant de paquets,  de sacs plastiques de toute taille.  J’apercevais une jambe fine,  fragile,  dépassant d’une jupe noire. Les cheveux étaient touffus et grisonnants, ils avaient dus être superbes, opulents. Je l’avais surnommée Isabelle, cette inconnue du Samedi soir, et j’avais imaginé une autre vie pour elle, une époque ou tout ceci paraissait inimaginable Que de questions, pourquoi cet abandon ?  Cette solitude déchirante ? Ce dénuement ? Son visage entrevu dans l’entrelacement des branches du bosquet était fin, le port altier malgré les rides profondes ?  la crasse et la misère. Quelquefois elle grignotait quelque chose, sa main enfouie  dans un sac en papier tel un oiseau Je me sentais mal, j’avais peur pour elle et m’inquiétait en voyant le temps fraichir. Je l’avais approché un soir pour entrer en relation, lui sourire. Son regard m’avait clouée sur place, et ma timidité avait repris le dessus. Le regard disait « je n’ai pas besoin de ta compassion, je me débrouille très bien comme cela c’est mon choix, fiche moi la paix. Elle avait peut être raison, mais ma lâcheté me faisait honte  Un soir je descendis avec quelque chose de chaud à boire et une couverture. Il n’y avait personne, le buisson était vide. Je ne l’ai jamais revue. L’avais-je faite fuir ? Je ne le saurai  jamais, mais son regard d’ardoise grise m’a longtemps poursuivi d’un regret désolé.                                                                        F. 

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                                              L’homme du supermarché   

            Depuis des années, il est là. Fidèle au poste, il est là et il fait la manche.

Depuis des années, je gare ma voiture sur le parking du supermarché et je l’aperçois toutes les semaines, sa casquette grise sur la tête, son pantalon rapiécé, ses chaussures de marche usées. Il est planté devant la porte coulissante de la grande surface. J’ignore s’il mange à sa faim. Il se tait lorsque les clients affamés entrent faisant grincer les roues de leur chariot vide dans le silence lourd et étouffant.  Et il se tait lorsque ces mêmes personnes ressortent le chariot rempli de beaux légumes de saison, de viande fraîche, de biscuits croustillants, de boissons aromatisées, de boîtes de conserve diverses et variées, de friandises chocolatées, de paquets de coton moelleux d’une blancheur immaculée, de croquettes au poisson pour le chat et pourquoi pas du dernier roman d’Amélie Nothomb qu’une jolie trentenaire s’empressera de commencer dès que toutes ces choses appétissantes, avantagées dans leurs emballages colorés tape à l’œil, garniront les étagères du frigidaire et rendront leur air de sympathie aux placards de la maison..

Depuis des années, il est là. De temps à autre, je glisse une piécette dans sa main et son regard troublant me transperce le cœur. Ce n’est pas uniquement la couleur étonnante de ses yeux qui est la cause de mon émoi, cette couleur si peu commune, ce bleu porcelaine presque transparent. Alors il me remercie poliment sans un sourire défiant mon regard. Cela me rend presque mal à l’aise.

Quel âge a-t-il ? Je me le suis souvent demandé. Il n’est certes plus tout jeune. Ses cheveux gris et sa longue barbe argentée en témoignent.

Comment en est-il arrivé là ? Qu’a-t-il fait ou ne pas fait ? S’est-il posé les bonnes questions ou tout au moins s’en est-il posées ? Je me dis que demain ce pourrait un autre, ce pourrait être une autre, ce pourrait être moi… Une chute est si vite arrivée. Que fait un être humain lorsqu’il se retrouve seul au monde et qu’il ne parvient malheureusement pas à apprendre la vie ou qu’il se retrouve sans un sou, sans toit, sans plus rien ni personne. Que fait un être humain lorsqu’à un moment précis, il espère une main tendue et qu’autour de lui le jugement des hommes étouffe leur compréhension ?

De quelles couleurs l’homme dont je parle perçoit la vie ? Quelles sont les nuances de ses nuits ? Qu’a-t-il vécu ? Qu’a-t-il perdu ? Qu’a-t-il voulu qu’il n’ait  point obtenu ? Cet homme croit-il encore en l’ « Homme » ?

Je l’aperçois toutes les semaines et j’avoue ne pas toujours faire preuve de générosité et si lui et moi n’avons jamais échangé de paroles, je réalise aujourd’hui tout ce que l’on peut se dire rien qu’avec les yeux.

C.

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Il est là, affalé contre le mur sous le regard des passants indifférentsSes longs cheveux sales et emmêlés cachent une partie du visage. Paupières baissées, bouche close, son visage exprime une immense lassitude. Mains posées sur le pantalon aux genoux râpés, il  semble dormir, vaincu. Ses sandales éculées témoignent d’une vie d’errance. Quel âge a-t-il ? vingt cinq, trente ans peut être. Sa stature imposante laisse penser à  une vie au grand air. Je l’imagine dans un pays de montagne ?  Tchétchène peut être.  De quelles violences fut- il le témoin ? De quels combats est il sorti ? Pour seul choix le chemin de l’exil,  son errance l’a conduit dans une ville de soleil. Pour compagnons de route, il n’a eu que la faim, la soif, la terreur d’être chassé, le mépris des populations locales rencontrées au long de son chemin ont peu à peu tué en lui l’espoir d’une terre où se poser, se reposer, se reconstruire. Arrivé là, il s’est assis. Pour quelques heures a-t-il pensé. Il n’a pu se relever. Et maintenant, quel avenir ? Sans papiers, sans travail, sans possibilité de communiquer autrement que par gestes, que peut- il faire ? Quelle main se tendra ? Quel homme ou quelle femme viendra vers lui ? Une petite voix au fond de l’esprit me murmure «  passe ton chemin, tu ne peux soulager toute la misère de la terre »  Bien sur, mais il est si jeune, il a encore un avenir me répond ma conscience. Je lui glisse l’adresse d’un organisme et même s’il ne sait lire le français, peut être en  trouvera t-il le chemin. Je suis repartie submergée par un immense sentiment de culpabilité. Que cessent les guerres qui jettent chaque jour des innocents sur les chemins, que chaque être humain puisse manger à sa faim et vivre dignement. Vous les puissants de la terre, ouvrez vos cœurs et vos âmes, donnez la paix et du travail à chacun, vous en avez la possibilité vous en avez le devoir. 

H.

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Vous vous attendrissez quand vous voyez la misère à la télé mais quand vous la croisez dans la rue, vous feignez l’ignorance, vous changez de trottoir… Ce que vous traitez de parasite aujourd’hui c’est devenu l’amour et l’amitié, et par-dessus tout, la liberté : tout ce qui n’est plus rentable à votre mode de « vie »…  Et pourquoi, puisque vous y êtes, pourquoi vous ne nous mettriez pas un petit compteur, là, sur l’épaule ?… Un compteur « BAR » ! Comme ça, à la fin du mois vous pourriez vérifier la flèche, voir si elle a monté, vous pourriez comptabiliser l’air qu’on a respiré et nous demander de le payer !!!… C. R. & B 

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La misère, c’est une chose qui n’est pas bien car on mange pas. On a pas d’argent. On est malade et malheureux.

On a même pas de quoi se vêtir. On vit dans la rue .

Alors sans argent, sans toit, sans famille et sans amis on est rien.

On ne trouve même pas de travail pour s’en sortir. On a aucun avenir. On vit au jour le jour sans même penser à demain.

Merci pour EUX. 

Les dimensions sociales sont énormes et cela résulte d’une grande part de la pauvreté humaine dans le monde.

Nous, citoyens, nous sommes pas coupables de cette misère.

Le coupable est  la gestion politique et la mauvaise gestion économique sur notre planète.

Aujourd’hui , il y a beaucoup d’associations qui aident les pauvres, mais elles ne sont pas suffisantes dans ce combat.

La vérité, c’est qu’une majorité des hommes sont égoïstes.

Ils n’ont pas l’esprit de solidarité. Nous avons les moyens de gagner notre vie, mais d’autres n’ont pas cette opportunité.

Ils sont privés de choses essentielles à la vie comme se nourrir, s’habiller, se soigner dignement,

et n’ont même pas le droit à la culture et à la formation professionnelle.

Il faudrait une répartition mondiale plus juste, des richesses économiques.

Nous, citoyens du monde qui avons l’esprit de solidarité

Aidons –les le plus simplement possible,

et participons à cette journée de manifestation contre le refus de la misère.

Ayons une pensée pour toutes les personnes qui vivent dans la misère.

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J’ai fait une formation d’Aide-soignante, poussée par ma référente de l’ANPE, “parce que ça embauche”, etc. Pendant six mois, je n’ai trouvé que des offres d’emplois pour des remplacements d’un Week-end ou d’une journée. J’ai fini par prendre tout ce qui venait… Après 2 jours d’essai dans une maison de retraite, et après avoir constaté de nombreuses maltraitances à divers degrés (la plupart des gants de toilette étaient dégueulasses, les douches se faisaient à l’eau froide, les personnes âgées étaient traînées par terre…) et après avoir constaté que l’ensemble du personnel (en sous effectif) était totalement apeuré, résigné et soumis face à ces conditions de travail, j’ai donné ma démission à la direction, et j’ai expliqué mon geste en argumentant qu’il y avait trop de toilettes à faire pour que ce soit bien fait, et que le poste ne correspondait pas à l’idée « humaine » du métier que je m’étais faite… A cela le médecin de l’établissement m’a répondu : - « Si vous n’êtes pas capable de faire ce métier, vous n’avez qu’à aller planter des fèves !!!…», ce qui a provoqué l’hilarité générale des employées… 

Et ma radiation de l’A.N.P.E. !

G.

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Pour moi, le travail c’est une escroquerie. Travailler toute sa vie pour se retrouver à 70 ans à faire des voyages en car pour visiter une ville ?  Et travailler pour quoi ? Pour travailler, il faudrait d’abord pouvoir croire à ce que l’on fait… On ne nous demande plus de croire, seulement de servir. Elle est où la vie dans tout ça ?  Ma mère a travaillé toute sa vie, elle c’est crevé le cul à faire le ménage pour des riches et aujourd’hui elle n’a même pas de quoi payer son loyer… Vous appelez ça l’« insertion » !!! 

C.

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J’ai du mal à pardonner l’indifférence, l’ignorance. L’indifférence et l’ignorance sont sœurs de la méchanceté, et de la méchanceté on attise rien de bon, on attise la haine et le racisme… C’est la mentalité des gens qui me débecte. Sur huit patrons, il n’y en a que deux qui n’ont pas essayé de m’escroquer… Mon rêve, c’est de partir de France, de partir dans les pays de l’Est… Quitte à être pauvre, autant l’être avec des hommes qui ont encore des valeurs… 

Ici, on a perdu tout ce qui est valeurs humaines, on ne pense plus qu’à la consommation, au pouvoir d’achat… Bref, on ne pense plus. On ne parle plus. On ne cherche plus à apprendre, à connaître… On ne se soucie plus de son voisin, seulement de son porte monnaie. On a perdu toute valeur humaine ici, on ne cherche plus à aider les gens, on cherche seulement à les exploiter…

K.

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La notion de citoyen du monde, n’est-elle pas humaine ? Elle ne l’est plus, ce sont les économistes qui s’en sont emparés… Il ne s’agit plus de citoyens, mais de travailleurs du monde. C’est le salaire qui change, et la considération avec… Tout ce qui compte, c’est de faire bosser ! Peu importe si avec un 20h par semaine tu ne peux pas payer un loyer… De toute façon, les propriétaires ne veulent pas de toi ! 

C.

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Je suis à la rue depuis l’âge de 16 ans. De 16 à 25 ans je devais voler pour manger.

A 25 ans j’ai eu le R.M.I., ça fait maintenant 11 ans. J’ai grandi, j’ai vieilli, mais ma situation n’a pas évoluée. 

J’ai fait des tas de formations, des tas de petits boulots, jamais suffisant pour avoir un logement ou bâtir des projets. Sans logement, je ne pouvais pas terminer les formations car je me faisais virer sous prétexte que j’étais trop « sale »…  Je pouvais les suivre quand j’occupais des squats, mais là, les voisins appelaient la police pour nous faire expulser. Pour cette société, je suis seul responsable de ma situation. Je me sens piégé.  « S’en sortir » ce n’est qu’une formule. Pour cette société, je reste un travailleur bon marché, rangé dans un tiroir silencieux. Si je crie, si je me révolte, c’est mon casier qui parlera à ma place pour m’étouffer. 

M.

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Il y en a marre que les entreprises ferment et aillent s’installer à l’étranger, et que nous ici on se retrouve sans travail ! Ça ne peut plus continuer. Tout est de plus en plus cher !  Jusqu’à quand ça va durer ? Tout le monde se plaint mais personne ne bouge. Quand est-ce qu’on va tous se réunir dans la rue et essayer de faire bouger les choses ?  J’ai peur pour les prochaines années, je pense à ceux qui sont seuls, sans famille ou même sans ami pendant ces moments difficiles. Ils peuvent se retrouver à n’importe quel moment dans la rue. J’ai vraiment de la chance d’avoir tout proche de moi ma famille ! 

S.

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Pour me sortir du RMI, j’ai fait une formation de Tourisme, que j’ai obtenue avec de très bons résultats. Après avoir postulé dans les 87 offices du département (frais de timbres, enveloppes et CV à ma charge), je n’ai reçu que 6 réponses, toutes négatives… En relançant les offices au téléphone, ils m’ont tous répondu « nous n’avons rien reçu, nous n’embauchons pas »… J’ai alors fait des stages dans certains de ces offices… A chaque fois, une fois le stage non rémunéré fini (stages durant lesquels nous effectuons le travail complet d’une personne salariée sans l’être nous-mêmes), le discours restait toujours le même : - « Nous n’embauchons pas »…  Jusqu’au jour où une personne s’est présentée accompagnée de ses relations : elle a été tout de suite embauchée et j’ai été remerciée pour mon investissement… Aucun travailleur social ne dénonce ces pratiques… On me répond simplement :  - « C’est de votre faute si vous ne trouvez pas de travail ! Ce n’est qu’une question de volonté !… » 

A quoi servent-ils ?

La solidarité n’est qu’un marché économique. 

G.

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Pour moi, le travail c’est une maladie, ça devrait être interdit !… 

A l’entrée des camps de concentration, ils avaient écrit en grand : « Arbeit macht frei » / (« Le travail rend libre »)… En même temps, les matons nazis avaient des ceinturons avec « Gott mit uns » gravé dessus… (« Dieu est avec nous »).  C’est pratique !… 

J’ai jamais vu que le travail ça te rendait libre… Mais c’est toujours le même phantasme que les politiciens veulent réaliser !… Asservir les pauvres pour les riches, domestiquer les populations, les éradiquer, les réduire à néant… J’ai travaillé 25 ans dans ma vie et aujourd’hui, à 55 ans, je dors sur un banc ! 

Mais sur les bancs, ils ont mis des barres en fer, au milieu, pour pas qu’on puisse s’allonger dessus… Les passants te regardent avec mépris, parfois même ils te crachent dessus… Tu pourrais mettre des cadavres le long des rails, c’est pareil ! C’est ce qu’ils appellent le progrès, l’évolution… La Culture aussi, il paraît qu’elle évolue… Je n’en vois plus. Ou alors, celle du IIIème Reich, qui ressort de ses fumures, « décomplexée »… Les étiquettes changent, les apparences, les discours, mais le fond reste le même. Il faut avoir des palmes pour pouvoir nager dans leur vase. C’est de l’Histoire de notre civilisation qu’il s’agit. On oublie tout, on se voile la face, et l’Histoire se répète. Vous allez faire quoi de ce monde ? Vous en avez déjà fait un paquet de merde. Le Sida, Tchernobyl, Hiroshima, la vache folle, la canicule, la grippe A, les saisons qui disparaissent… C’est incontrôlable pour vous et vous vous croyez à l’abri de quoi ? Avec vos masques !… Et moi qui ne suis plus qu’un clochard, je dois vous parler comme ça ? Mais je ne suis pas le Christ !… Je vous emmerde !…  Mettez bien la tête sous la terre pour continuer ainsi, comme des autruches…Continuez donc à humilier votre prochain et à salir votre mère, la Terre, à salir vos propres enfants… Mais ne me demandez plus de travailler pour vous. 

B.

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L’Eldorado… 

Quand je suis arrivée en France, il y a plus de vingt ans, j’ai tout de suite trouvé du travail.  Et je n’ai jamais cessé de travailler.  Je ne parlais pas du tout le français et je travaillais du matin au soir dans une cuisine de restaurant. J’étais toujours entourée de vietnamiens, ce qui fait que je n’ai pas appris à parler le français tout de suite. Et cela a duré dix ans. Je voulais apprendre à écrire, à lire le français mais je ne pouvais pas aller à l’école ni me renseigner parce que je ne comprenais rien. En plus, je travaillais tout le temps, c’était très fatiguant et personne ne me donnait d’informations sur mes droits, sur la loi, sur ce que je pouvais faire. Je ne me suis jamais mariée parce que je ne sortais jamais. J’ai toujours travaillé. Maintenant j’ai cinquante sept ans et je suis toute seule… Je ne connais pratiquement personne ici même après vingt ans. Avant je pleurais souvent parce que personne ne m’écoutait. Soit les gens travaillaient trop soit ils avaient toujours quelque chose à faire et pas assez de temps. C’était une très grande solitude.  Le problème maintenant que j’arrive à parler mieux c’est que je suis trop âgée. Aujourd’hui, après avoir tant travaillé, Je reçois juste le RMI pour pouvoir manger et payer mon loyer. 

D.

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On culpabilise, on est de trop, on ne nous considère pas, il faut avoir un minimum pour se sentir un être humain, on a besoin de reconnaissance, de se sentir exister.  On ne peut pas ne pas souffrir, notre dignité en prend un coup. Des fois je ne peux pas me coucher ni m’asseoir, je ne sais plus qui je suis. 

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Je me suis retrouvée à la rue à 40 ans. Ça c’est passé extrêmement vite. Je me suis retrouvé du jour au lendemain éjectée de l’appartement. L’horreur. Tout perdre. Tout. Absolument tout. Jusqu’à perdre les ongles. Je suis descendue d’extrêmement haut. Avoir faim.  Avoir froid. Dormir n’importe où. Dans des hôpitaux, sur des sacs où il y avait écrit « danger, maladies infectieuses ». Près de la chaufferie. Je m’y suis choppé la gale… J’ai commencé à picoler à cause du froid. Je ne pouvais aller voir personne. Et le monde entier m’a oublié. Après je me suis retrouvé avec une sorte de famille, de collègues de rue, de zone, qui ont tous vécus des expériences similaires. Notre vision à nous de la vie est très différente de la norme. Quand je rentre dans un bureau d’aide sociale, mon histoire dérange, personne ne veut l’entendre. Je dérange parce que je joue de la guitare devant les supermarchés, je dérange parce que je chante devant les paniers. Ce n’est pas considéré comme un travail, vous comprenez ? Alors on me chasse de partout. Au début, j’ai fait beaucoup de tentatives de suicide mais elles n’ont pas marchées. Aujourd’hui, même si je suis très malheureuse, j’aime beaucoup la vie, vous savez ? Et c’est ça que certains me reprochent. Ils voudraient m’envoyer faire des ménages à bientôt 60 ans… Je leur réponds que je préfère laisser la place aux jeunes, qui eux, aujourd’hui, sont déjà en difficulté avant même de naître !  Pourquoi on a des chiens ? Pourquoi on boit ? C’est pour la chaleur, c’est pour l’amour… Les foyers d’hébergement n’acceptent même pas les chiens. Pour vous, c’est normal, vous êtes les champions de l’abandon. 

 

Mais pour nous, l’amour, c’est vital…

C.

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Il faudrait se mettre à réfléchir simplement, comme si on était guidé par son hygiène propre, pour soi même, pour se sortir de ce carcan d’histoire qui n’en finit plus… Moi, ce qui me manque le plus, c’est de vivre avec des gens simples, sincères, avec des gens qui sont vrais, avec des gens qui sont francs… Je n’en rencontre plus. Il y a mes chiens aussi qui me manquent… Je les ai retrouvé morts après avoir étés torturés par des gens « bien », des gens « normaux ». On me répond « c’est comme ça », je ne suis qu’un S.D.F. et je n’ai qu’à me taire… A la télé, les gosses se prennent pour des idoles, mais il y a une idole pour des millions d’artistes inconnus. Ils appellent cela la «Culture »  !… Il n’y a plus besoin de découvrir l’autre : il n’y a plus que des clones, sans âme. 

M.

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Ça veut dire quoi heureux ? 

Y a tout le monde qui se dit « Heureux » mais seulement, ils ne savent plus dire « Bonjour »…  Alors, ça veut dire quoi, « Heureux » ? Je ne sais pas. « Heureux », c’est un bien grand mot… -« Moi, ce qui pourrait m’aider dans la vie c’est que les gens retrouvent une conscience… » -« Moi, ce qui me rendrait heureux c’est de voir tout dégringoler, tout s’inverser.  Que les valeurs ne soient plus matérielles. De voir tout le contraire de l’hypocrisie, tout le contraire de l’égoïsme… L’amour, tout simplement. C’est ça qui me rendrait heureux. 

P. & R.

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Qu’est-ce qui pourrait me rendre heureux ? Une femme qui m’aime. Un bout de terrain. Un jardin. Une maison. Pouvoir vivre simplement, librement. Mais je n’ai pas de place dans cette société. Il n’y a pas de place pour mes  rêves. Pas d’espoir… Etre heureux, c’est devenu inaccessible. Y a qu’à voir les loyers !… Quand on est pauvre, on ne doit pas avoir de rêve… On ne peut déjà plus accéder aux droits !!!… A l’école, quand j’étais petit, on me disait : -« C’est pour toi qu’on fait ça… c’est pour ta vie, c’est pour ton bien. Il faut apprendre… » J’ai toujours aimé apprendre, mais cette vie là, je ne l’ai pas choisie, on me l’a imposée. J’avais une autre vie dans la tête, cette vie là, toute simple, je ne pourrais jamais la réaliser. Alors je fais le clown dans la rue, pour amuser les passants ou leur faire pitié en échange de quelques pièces… Pour aller boire, et oublier.  C. …………………………………………………………………………………………………Combattre la misère c’est lutter contre l’exclusion, l’injustice, les privilèges et les passes droits. Lutter contre l’exclusion c’est faire avancer les droits de ceux qui n’en ont pas, faute de ne pas être nés riches ou privilégiés, c’est améliorer les conditions de vie et de travail.  Lutter contre l’exclusion ce n’est pas rétablir l’esclavage !  Lutter contre la misère ce n’est pas humilier ou chasser les pauvres ! Combattre la misère c’est lutter contre les discriminations, c’est respecter la diversité des cultures, des modes de vie et des aspirations de tous. Combatte la misère ce n’est pas imposer à tous le même dogme.  Il n’a pas de fatalité dans l’injustice, seulement de la lâcheté à la combattre. 

C.

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Des magasins où les étiquettes affichent des tarifs trop chers. Des restaurants accueillants, colorés, chaleureux, où des gens sirotent un café, dégustent un plat du jour… Trop chers. Des services sociaux trop éloignés de la réalité quotidienne, trop derrière des bureaux, qui ne touchent la misère qu’au travers de dossiers, de numéros…  Des centres sociaux, des associations qui comptabilisent, budgétisent des passages plus que des actes. Quelques activités au passage pour justifier des subventions publiques… Que peuvent-ils faire ? Gérer la misère ? Administrer les inégalités et l’injustice sociale ? Que veulent-ils faire ? Lutter contre la misère ? La combattre ? Ce serait mettre en péril leur emploi précaire !… « Une utopie ! »… « Un phantasme ! »… Une question de volonté ?  Au final, « Une fatalité !»… La voilà la misère : l’usure morale, la banalisation, l’égoïsme, l’indifférence… La solidarité libérale ! Beaucoup de monde dans ce centre ancien qui se croisent sans se voir, tête baissée. La misère n’est pas que dans la rue mais elle y conduit irrémédiablement. A chacun de vous, je voudrais dire d’être vigilant, d’arrêter d’avoir peur de perdre, d’avoir le courage de dire NON à une vie qui s’impose et que vous subissez… 
Relevez la têteVous avez le droit d’avoir des droits. Ecoutez, regardez, réfléchissez.  Et choisissez ! 

S.

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Je me demande où on va… Où va-t-on ?  Je suis vielle moi, mais quand je vois tous ces jeunes dans la misère, je me dis : -« Où ils vont aller ? » -« Elles sont où, les portes ? »…  -« Où elles sont les portes ? »… On ne me répond pas. On ne leur ouvre pas de portes. On ne leur offre que des chaînes et on leur demande de dire merci… Alors il y a l’alcool, il y a le manque de nourriture, il y a le manque de sommeil, il y a le froid. Même si tu as des couvertures, tu dors par terre, tu as froid. Le froid transperce les couvertures.  Je connais la rue. Et pour en parler, il faut l’avoir vécue. Tous ceux qui sont au chaud dans leurs bureaux pour parler d’aide ou d’assistance ne savent pas de quoi ils parlent. Et ils ne veulent même pas savoir de quoi ils parlent. Ils ne vont jamais sur le terrain, ou alors ils mettent des gants. Ils parlent d’humanité sans en avoir un seul échantillon sur eux. Ils parlent de ceci ou de cela, mais ils ne savent pas de quoi ils parlent ! 

Pour parler de la misère, il faut l’avoir vécue !

C.

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Aujourd’hui, il y a beaucoup d’associations qui prétendent aider les pauvres ou juste leur parler d’ « insertion »…  

Mais les seules personnes qu’elles aident c’est les personnes qui bossent dedans !  La solidarité, c’est simplement devenu un commerce, une industrie. Il n’y plus d’ « assistants » mais des marchands. Des marchands de clochards !… Des marchands qui ont peur de se retrouver eux-mêmes à la rue, si ils font pas le boulot dégueulasse qu’on leur demande de faire, ou des marchands qui méprisent tous les pauvres qu’ils reçoivent, sans aucune conviction, qui font juste ce boulot-là parce que ça embauche, comme ils feraient vigile ou flic. Sauf que, sans les pauvres, ils n’auraient plus de boulot et qu’ils seraient tous au chômage… Alors ils sont bien contents qu’il y en ai autant.  Ils ne manifestent pas pour les droits des plus démunis, ils ne dénoncent pas les injustices, ils empochent juste leur pognon sur le dos de tous ceux qui crèvent sous leurs yeux indifférents. Le pognon de tous ceux qui votent en demandant toujours plus de sécurité ! Et de pouvoir faire la queue au supermarché ! La boucle est bouclée. Les pauvres sont bien encadrés. Ils n’ont qu’à baisser leur froc pour avoir quelques miettes. Et ils le baissent. Voilà, c’est tout. 

N.

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Permettre l’insertion c’est donner des places viables à ceux qui n’ont que la marge pour survivre, parce qu’on les rejette de partout du fait qu’ils ne seraient pas « normaux ». Permettre l’insertion c’est tenir justement compte de leurs singularités, de leurs aspirations et les respecter. Permettre l’insertion ce n’est pas imposer la soumission !…  Permettre l’insertion ce n’est pas exiger d’un homme qu’il renonce à tout ce qui fait de lui un être humain : son libre arbitre, sa faculté de penser, ses convictions, son histoire, ses besoins élémentaires ; ce n’est pas exiger d’un homme qu’il renonce à tout ce qui le maintient en vie… Pour servir l’économie ! 

C.

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Être Humain… 

L’Homme, il a un cœur, et il est respectueux, 

Il devient alors respectable. 

Mais si tu n’as pas de cœur et que tu n’es pas respectueux 

Ne prétends pas être un être humain. 

La meilleure des leçons, c’est la vie, 

Et la vie tu n’en as qu’une… 

Si tu as peur de partager, 

Si tu fais des différences raciales, 

Ne prétends pas non plus être un être humain. 

Je peux mourir tout de suite, 

Mais j’en ai marre de souffrir, 

Pour des enculés qui spéculent sur moi, 

Comme un chien qu’on tient en laisse, 

A qui on refile des boîtes de conserves, 

Tout en tirant sur la laisse jusqu’à l’étrangler… 

Moi, une pierre sur l’autre je sais la monter. 

Quand je mange un fruit, 

La graine, je sais la replanter… 

Il pourrait y en avoir pour tout le monde, 

Mais vous préférez tout garder de votre côté, 

Et nous faire payer pour tout. 

Je suis peut-être un gros con, 

Un sale pauvre, 

Un parasite, 

Mais voilà, 

Au plus profond de mon âme, 

Quand je vous regarde à tous, 

Sans vouloir vous offenser, 

Je me sens vraiment consolé. 

B.

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Permettre l’insertion c’est d’abord permettre une existence sociale qui ait du sens…  Comment peut-on lutter contre la misère tout en œuvrant  pour une société injuste ?…………………………………………………………………………………………………

Société de Consommation : 

Société d’un pays industriel avancé où l’économie, pour fonctionner, s’efforce de créer sans cesse de nouveaux besoins, et où les jouissances de la consommation sont érigées en impératifs au détriment de toutes exigences humaines d’un autre ordre. 

(Le Petit Larousse) 

 

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Recueil de Témoignages 2009

 

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La Misère, à qui le tour ?

J’ai rencontré les membres du Comité en 2007, j’étais alors domicilié dans un centre d’accueil et j’avais déjà fait le tour, en tant que « parasite »« assisté », d’une trentaine de structures locales « spécialisées » dans l’encadrement social : j’étais tellement culpabilisé et oppressé que je n’arrivais même plus à parler… Je n’avais plus de médecin traitant, ce dernier ayant refusé « par principe » la C.M.U., j’avais perdu mes dents, je ne pouvais accéder à un logement faute de garants et de « solvabilité » et malgré un bac +4 on ne me proposait que des boulots de manœuvre pour des missions d’un jour ou deux… Parmi tous les « professionnels » que j’ai pu rencontrer, au cours de mon parcours « d’insertion », en forme de labyrinthe sans issue,  j’ai cherché par dessus tout, quasiment en vain, la solidarité et l’empathie, mais l’humanité elle-même semblait avoir disparue pour laisser sa place à des exécutants sans convictions, à des robots sans âme; au final, je n’ai trouvé que comptabilité et objectifs de rentabilité pour lesquels je n’étais qu’un numéro. « L’objectif » en lui-même était simplement de me faire accepter ma situation, de briser toutes mes aspirations (« être heureux ? Ce n’est pas un projet de vie ! ») et de me rendre malléable aux directives de leurs financeurs : « La précarité c’est la modernité », « Prenez n’importe quel travail, même gratuit, et vous pourrez peut-être trouver une place en foyer », « Prouvez votre bonne volonté et vous aurez droit à une formation  (qui débouchera encore et toujours sur de la précarité…) »… Face aux injustices et aux disfonctionnements (médecins refusant la C.M.U., propriétaires refusant de louer à des « sociaux », logements insalubres, loi S.R.U. non appliquée, rémunération du travail insuffisante pour pouvoir payer simplement un loyer, etc.), aucun travailleur social ne s’érigeait, j’ai ainsi pu constater que l’élémentaire était considéré comme un « phantasme » ou une « utopie »… Au même titre que les inégalités sociales sont aujourd’hui devenues des « évidences » logiques et banalisées. Sans pauvreté, pas de rentabilité… Autour de moi, je voyais mes camarades de galère, des personnes démunies de tous âges sombrer dans l’alcool et le désespoir, certains finissaient même par abandonner leurs droits au bénéfice des gestionnaires de tous bords pour lesquels un tel abandon ou une « radiation » (du R.M.I.) correspond tout bonnement à un gain financier !… Quelle est la finalité d’une telle politique ? Garantir la maintenance d’un réservoir de main d’œuvre docile et soldé pour assister l’économie de marché ? Comment peut-on collaborer à un tel système ?  En devenant coordinateur du Comité, je me suis retrouvé vis-à-vis des « travailleurs sociaux » dans une relation diamétralement opposée : De « suivi » je devenais « inquisiteur », mais pour au final faire le constat d’une réalité tout aussi vaine et affligeante : Depuis deux ans, sur plus de 120 structures ou associations locales œuvrant dans le « social », seul un maigre quart d’entre elles participent à la journée mondiale du refus de la misère, mais bien plus grave encore : seul un maigre quart en approuve les fondements et tente de les appliquer au quotidien… Pour les trois quarts restants, la misère n’est pas une question de droits mais de rémunération… Ainsi à la question : – « Quid des fondements de vos engagements ?… », La réponse est quasi unanime : – « Préserver mon emploi !… » La misère est tellement banalisée que certains en viennent même à nier les droits pour les plus démunis. « C’est un choix » prétendent-ils, « Ils n’ont qu’à l’assumer… » …« Et ne pas demander d’aides… » … « Ce n’est qu’une question de volonté »… Et de nier par la même les injustices et les inégalités : « Pourquoi devraient-ils avoir un logement sans travail et sans garant ? » devient : « Comment peuvent-ils oser demander un logement sans être solvable ? »… « Quand on n’a pas de travail, on ne regarde pas les heures ni le salaire ! » devient : « Comment osez-vous demander à être payé ?! »… En formation, les professionnels que j’ai pu rencontrer me sont apparus pour la plupart en décalage total avec leur public, en attente de « techniques » pour leur permettre de se prémunir des souffrances des pauvres, pour éviter de les laisser s’exprimer, pour pouvoir appliquer au mieux leurs directives et gérer leur comptabilité en toute quiétude… On est bien loin de la définition d’assistance… Il ne s’agit plus que d’encadrement. Ainsi, les formules débitées par ces « agents d’encadrement modernes » ne sont que des techniques de communication, de manipulation, s’appuyant sur un rapport de domination, exploitant la position de faiblesse et la détresse des publics accueillis, pour les replacer dans l’économie coûte que coûte, sans tenir compte de leur état. Comment parler encore d’« humanité » quand l’économie est au centre des préoccupations sociales ? Aussi, concernant les formules stéréotypées, à toutes épreuves, qui ont pu m’être servies ici et là, depuis deux ans, au sein d’associations dépendantes des financements publics, “revendiquant” « être dans le soutien et pas dans l’action », « ne pas faire de politique », etc., ou encore prétextant « l’utopie » à toute occasion de débattre sur les fondements mêmes de nos engagements, je voudrais juste rappeler [en tant qu’ « ancien S.D.F. », «parasite », « faignant » et consort…] que seule la politique au sens non partisan du terme peut permettre à notre société de réduire la pauvreté et l’exclusion.  Sinon on ne fait que s’appuyer sur l’exclusion pour entretenir une assistance relative… 

Concernant « l’utopie », il est vrai qu’aucune solution face à la souffrance sociale générée par notre société de consommation libérale ne semble envisageable, puisque nous en sommes, pour la plupart, partie prenante !…

Néanmoins, la fonction de l’utopie n’est pas de nourrir notre rêve pour nous évader de la réalité mais d’orienter notre action pour corriger cette réalité… Or, nous consentons tous à mener l’action « politiquement correcte » qui nous est dictée : celle de nous familiariser à la précarité et à l’injustice sociale!… C’est le sens qui manque, de plus en plus… Pour nous protéger de ces prétendues « fatalités », certains en viennent à dissocier malheur et injustice pour mieux rejeter la souffrance d’autrui. Ces comportements « normaux » ont pour effet, à plus ou moins long terme, de nous désensibiliser…  Nous parvenons ainsi à rendre acceptable l’inadmissible et à en repousser continuellement les limites !… 

Notre consentement à la précarisation, même passif, est déjà en soi une « action » politique.

Face à la peur, l’individualisme se renforce et avec lui la tolérance au mensonge, le concours à sa production et à sa diffusion (pour sauvegarder nos emplois salariés ? Obtenir de plus larges subventions ?…), mais aussi la culture du mépris à l’égard des exclus, à l’égard des pauvres, à l’égard du plus « faible » que soi…

Une culture que l’on pourra arroser aux cours de repas défrayables, où l’on réaffirmera avec un entrain « viril » la prétendue nécessité « d’indispensables sacrifices à consentir pour sauver le pays du naufrage économique » (pour la plus grande satisfaction des patrons du Medef !)…

Alors quel avenir pour le Comité du 17 Octobre et ses valeurs « archaïques » ?

Face aux montants exorbitants des loyers, travailler en contrat aidé ne m’a même pas permis pas d’avoir accès à un logement dans la ville où je suis né… J’ai déposé des dossiers dans tous les offices HLM en vain, ils sont saturés et, en tant que travailleur précaire sans domicile, « je ne suis pas prioritaire », cherchez l’erreur… Combien sommes-nous dans ce cas à consentir en silence à cette prétendue « conjoncture sociale » qui n’est autre qu’une vaste escroquerie ?… Au final, sans l’aide financière de ma famille et sans l’intervention opportune de relations  j’aurais dû me résigner à dormir sous une tente ou à établir ma résidence en foyer d’hébergement d’urgence ! C’est pourtant clair… Comme dirait l’autre : -« Il faut cesser de se plaindre pour rien », -« Ailleurs c’est pire »… Mais pire pour qui ? Pas pour les entreprises puisqu’elles s’y délocalisent ! Car sans pauvreté, pas de bénéfices !… De même, pour d’autres, -« Il n’y a pas de pauvreté en France » ou encore : -« Nous ne sommes pas en dictature… Mais nous sommes contre l’égalitarisme » Vraiment ? Mais l’antonyme du terme « égalitarisme » quel est-il ? N’est-ce pas justement « dictature » ?!  Laissons donc ainsi le pire s’installer ici, et accueillons chaleureusement l’approbation générale des inégalités et des injustices ! … Car « Il faut bien vivre » (sans penser !…) 

Grâce aux engagements du Comité, ce travail m’a au moins permis de m’investir dans mes convictions. Et ces engagements m’ont permis de donner un sens au Travail lui-même, là où l’élémentaire est devenu un luxe ou une « utopie »…  

Cela m’a permis d’éviter, n’en déplaise aux auxiliaires professionnels de l’Etat,  le harcèlement des structures « d’insertion », uniquement promptes à me « tendre la main » pour m’envoyer faire des ménages 2heures par semaine afin de « prouver ma bonne volonté » à remplir leurs statistiques… De quelle insertion parlons-nous ?… Simplement d’une intégration obligatoire à un réservoir de main d’œuvre et de services bon marchés pour nantis & privilégiés.  S’insérer, en tant qu’exclu (ou fils de rien), à proprement parler, ne se résume plus qu’à accepter la précarité et la soumission constante… Beau travail de manipulation mentale ! La devise de notre République n’a plus court. L’essentiel c’est de pouvoir dire : – « Je travaille ! »…  

Notre problème c’est la soumission, la banalisation, tant que nous n’en sortirons pas, nous pourrons répéter la journée mondiale de la misère indéfiniment. Est-ce notre objectif ? Faire une commémoration une fois l’an ? Pour nous rappeler l’Humanité ? Nous sommes tous concernés par le déni et l’individualisme : « Il faut bien vivre »… (Et on est tous le pauvre de quelqu’un…)

En 2008, de nombreuses associations financées par les pouvoirs publics ont refusé de signer la pétition du Comité, une pétition qui pourtant ne faisait que rappeler les fondements élémentaire de notre république (*): je n’ai pu m’empêcher alors de penser à tous ceux que j’ai pu voir crever  dans l’indifférence, au nom de ce même comportement ordinaire.

Aussi, aujourd’hui je me demande si nous pouvons encore œuvrer avec des exécutants ou des gestionnaires qui n’ont aucuns scrupules à nier leurs vocations premières, au nom de l’individualisme et du politiquement correct, c’est aux exclus et aux plus démunis que nous devrions nous adresser directement…

Mais force est de constater que bon nombre d’entre eux se replient également devant la peur de perdre le peu de droits qui leur reste…

Peut-être devrions-nous mettre en place des formations spéciales “Journée mondiale du refus de la misère”… Avec pour thématiques : “La misère, qu’est ce que c’est ?”, ”Pourquoi refuser la misère si ça ne nous rapporte rien ?”, “Pourquoi faudrait-il écouter les pauvres alors qu’on est pas payé pour ?”, “Pourquoi la misère c’est pas beau et c’est pas bien ?”, “Pourquoi devrait-on s’empêcher d’humilier les plus faibles”, “A quoi ça sert l’intégrité ?”, “Faut-il dire bonjour aux clochards ?”, “Pourquoi faudrait-il donner la parole à ceux qui n’ont qu’à se taire et obéir ?”… 

Il s’agit bien là d’une question de sens et de finalité. Qu’est devenue la finalité de nos actes, de nos désirs ? 

Vivre sans penser ?

Consommer des « plaisirs » sans enjeu ? 

Comme dirait un vieil S.D.F. sur son banc : - « Vous allez faire quoi de ce monde ?… Jusqu’où comptez-vous aller ? »… 

Depuis 2001, le réseau Européen EAPN (European Anti Poverty Network), auquel participe le Comité du 17 Octobre, tente de porter au niveau Européen les revendications locales et nationales des publics en situation de précarité et de chaque association ou organisme solidaire, engagé dans la lutte contre l’exclusion… (EAPN France regroupe entre autres : A.T.D. Quart Monde, le Secours Catholique, les Petits Frères des Pauvres, Le mouvement du Nid, Solidarités Nouvelles face au Chômage, L’Armée du Salut, Emmaüs, F.N.A.R.S., U.N.I.O.P.S., …)  La conclusion majeure du premier rassemblement européen a été la suivante : Reconnaissance de la compétence et de l’expertise des personnes en situation de pauvreté. Prise en compte de leur volonté de participer à la société et à la prise de décision qui les concernent. 

Force est de constater que les revendications des publics concernés par l’exclusion et la précarité tardent à se faire entendre et à être appliquées… Et pour cause : elles mettraient beaucoup de « professionnels » au chômage, ou les obligeraient à se reconvertir dans le commerce… Les appliquer serait remettre en question les orientations politiques… 

Il est à noter cependant qu’existe en France, un Conseil National de Lutte contre L’Exclusion où les personnes en situation d’exclusion ont pu et peuvent à présent intervenir, (depuis 2007 seulement…) sous le titre ‘d’Experts!… Reste à savoir quand ils seront écoutés…  

Cette année, en France, face à l’abondance des dérives institutionnelles, socioculturelles et à la multitude des disfonctionnements qui ont pu être relatés par les publics en proie à l’exclusion et à la précarité, la conclusion majeure des réunions 2009 a été résumée en une phrase : 

« Combattre la misère, c’est remettre l’être humain au centre d’un projet de société basé sur le respect, la dignité, la solidarité & la citoyenneté active. » 

Il convient de rappeler ainsi que la misère n’est pas conjoncturelle mais structurelle et qu’elle dépend en premier lieu des orientations et des directives socioéconomiques de nos gouvernements. 

Sauf qu’à ce jour, aucun parti politique ne propose un tel projet social… 

Cyril COSSU 

(Ancien Coordinateur du Comité du 17 Octobre

(*) Pétition 2008 : Je soutiens la démarche du collectif « Comité du 17 Octobre » qui : 

  • Refuse la banalisation de la misère ; 
  • Réclame l’application de la loi d’orientation dite de cohésion sociale votée en 1998 qui réaffirme « l’égale dignité de tous les êtres humains » et qui fait de la lutte contre les exclusions « une priorité de l’ensemble des politiques publiques de la nation ». 
  • Récuse l’argument des caisses vides, et demande la réorientation des fonds publics au bénéfice du plus grand nombre, avec comme objectif prioritaire l’accès des plus démunis aux droits reconnus à tous les citoyens : santé, logement, formation, emploi mais aussi considération, respect et dignité…
  • Demande aux élus de la région et du Var de s’honorer en mettant tout en œuvre et sans délais, pour rattraper les retards accumulés pour la construction dans nos villes de logements accessibles aux familles ayant les revenus les plus modestes. 
  •  

     

     

     

     

Cette pétition a recueilli moins de 3000 signatures sur l’aire toulonnaise…

MERCI !

Et bonne continuation…

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17 décembre, 2009

LA COTOREP (du Var…) : « Rentabilisons en discriminant… »

  »Privilégiée ! »

DE : Geneviève

LIEU : TOULON

Depuis 2003 je vis avec une pension d’invalidité de 653€ mensuels après que la COTOREP m’ai refusé par deux fois les demandes de reclassements professionnels déposés avec un certificat de mon rhumatologue « station debout pénible et interdiction de portage de poids » J’ai donc été jugée inapte au travail avec un taux d’handicap de 50%.

Beau modèle d’incohésion sociale que ce jugement qui m’interdit de subvenir à mes besoins vitaux par mon travail à cause de ma prétendue inaptitude alors que mon taux d’handicap de 50% m’interdit les aides sociales accordées aux personnes jugées à 80% d’handicap : versement du complément de ressources, prêts caf pour l’achat d’électroménagers ou pour adapter l’appartement à son handicap , CMU, réductions SNCF et transports en bus, etc…

A tous ces manques il faut ajouter les franchises médicales et les médicaments jugés de confort qui ne sont plus remboursés, les prothèses dentaires inaccessibles.

Ne plus se soigner correctement, manger de plus en plus mal, juste essayer de survivre et de garder son appartement…

Mon APL ayant baissé de 50€ en début d’année j’ai contacté une assistante sociale pour comprendre cette nouvelle restriction. Celle-ci ne m’a donné aucune explication sur ce changement, voilà ce que j’ai entendu de sa part :
 

- « Madame ne vous plaignez pas, rendez vous compte que vous êtes privilégiée par rapport aux Rmistes qui n’ont que 400€ pour vivre. 50€ de plus ou de moins ne changent rien dans un budget. »

Il y a 6 ans alors que j’attendais la décision de la COTOREP pour mon reclassement j’ai été radié des Assédic pour avoir refusé un stage de relooking. La conseillère qui animait l’atelier de recherche d’emploi me dit que si je ne trouvais pas de travail c’est que je ne savais pas me vendre et que je devais travailler mon image. Je lui ai répondu que c’était peut-être aussi parce que les employeurs préféraient sous-payer des jeunes en contrat de qualification plutôt que d’embaucher en CDI des personnes avec 25 années d’expérience.

Voilà encore un exemple flagrant de notre société basée sur la compétition qui accorde plus d’importance au « paraître » qu’à l’ »être.

Nous faire baisser la tête en nous culpabilisant, nous humilier pour mieux nous asservir, nous dresser les uns contre les autres, travailleurs contre chômeurs, handicapés contre Rmistes, mères au foyer contre femmes qui travaillent, voilà comment nos dirigeants assurent leur pouvoir.

Mais ils ne m’auront pas, je reste debout.

8 septembre, 2009

La COTOREP & la CAF (du VAR…) : un exemple de « rentabilité » humaine…

Classé sous ALERTE,Culture,Ordinaire,Santé,Témoignages,Travail — blc83 @ 13:03

«  Si vous ne pouvez travailler avec votre bras droit…

Servez vous du gauche ! « 

DE : L.

LIEU : TOULON…

Bonjour, 

J’ai 46 ans. 

J’ai travaillé depuis l’âge de 16 ans comme agent d’entretien et femme de chambre dans l’hôtellerie. J’avais des problèmes à mon bras droit et je me suis faite soignée à plusieurs reprises pour tenir. Puis j’ai voulu me rendre utile, auprès de personnes handicapées et ai choisi de devenir auxiliaire de vie. C’est un métier très physique. Un an après les douleurs sont devenues insupportables et mon tendon a lâché.

Les médecins ne s’en sont pas aperçu tout de suite et j’ai dû subir une opération pour rien, pour qu’ils constatent seulement que le tendon était en miette et irrécupérable. Impossible de reprendre le travail. 

C’est là que les problèmes ont commencé : les Experts de la COTOREP m’ont alors simplement dit : 

- « Mais madame, si vous ne pouvez travailler avec votre bras droit, servez vous du gauche… » 

La COTOREP ne veut rien entendre et la CAF m’a coupé toutes mes aides

Je passe au Tribunal pour mon recours en octobre… 

L.

28 avril, 2009

Sans titre

Classé sous Logement,Ordinaire,Témoignages,Travail — blc83 @ 7:55

DE : Frédéric Fauvel.

LIEU : La Seyne/mer.

Moi, Frédéric Fauvel, qualifié de travailleur handicapé depuis quelques années (octobre 1983 date de l’accident qui m’a donné ce « titre »).

Lorsque j’ai changé de région pour venir m’installer dans le Var,
la Cotorep m’a requalifié de Travailleur Handicapé le 1er septembre 1993, suite à quelques années en tant que stagiaire (et non avec un contrat de travail…) comme travailleur handicapé dans des lycées et collèges en qualité de cuisinier OP2.

C’est ça ma gueule. Alors avec ma gueule, je suis allé voir une assistante sociale du Conseil Général pour lui demander un logement convenable (depuis 1993, j’habite un cabanon d’une pièce sans aucun confort, non isolé, chauffé par une bouteille de gaz avec une cours minuscule pour un loyer de 240 euros). Je lui ai signalé mon titre de travailleur handicapé et ma priorité…

« Oui, m’a-t-elle dit, vous avez le titre de Travailleur Handicapé mais vous n’êtes en aucun cas prioritaire. Démerdez-vous ! »

Cette assistante sociale m’a quand même envoyé voir un conseiller en logement ( ?) du Conseil Général pour vérifier où j’habitais. Celui-ci a trouvé l’endroit « sympathique »… et m’a même proposé son aide pour ranger mon « bordel » !

Non merci ! (je tiens à souligner que ce bordel est en fait de la récupération de poubelles  que je revends aux puces pour m’assurer une meilleure survie (Allocation Adulte Handicapé = 923 euros par mois).

Alors je rêve beaucoup, je crois au miracle et j’attends de l’aide. Je joue au Loto et je reste dans ma petite connerie et dans mon petit appart « très mignon » et très frais en hiver…).

Merci de publier mon témoignage.

 

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